{"id":3991,"date":"2024-05-30T12:28:05","date_gmt":"2024-05-30T10:28:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.apilab.esa.re\/?p=3991"},"modified":"2024-05-30T12:43:58","modified_gmt":"2024-05-30T10:43:58","slug":"compte-rendu-du-sejour-de-recherche-a-okinawa-par-heloise-thiburce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.apilab.esa.re\/index.php\/2024\/05\/30\/compte-rendu-du-sejour-de-recherche-a-okinawa-par-heloise-thiburce\/","title":{"rendered":"Compte Rendu du s\u00e9jour de recherche \u00e0 Okinawa, par H\u00e9lo\u00efse Thiburce"},"content":{"rendered":"<h1><span style=\"font-weight: 400;\">S\u00e9jour de recherche \u00e0 Okinawa, du 25 octobre au 5 novembre 2023\u00a0<\/span><\/h1>\n<h1><strong>D\u00e9roul\u00e9\u00a0<\/strong><\/h1>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Je profitai d\u2019un appel \u00e0 candidature envoy\u00e9 par le comit\u00e9 d\u2019organisation du colloque\u00a0 intitul\u00e9 \u00ab Environnement et paysage au Japon et\/ou La R\u00e9union : vers une \u00e9cocritique\u00a0 comparatiste \u00bb. Ce colloque offrait la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser un s\u00e9jour de recherche sur le\u00a0 territoire nippon financ\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Culture. S\u00e9lectionn\u00e9e pour participer \u00e0 ce\u00a0 projet, j\u2019ai pu poursuivre mes recherches sur les correspondances environnementales et\u00a0 culturelles entre La R\u00e9union et d\u2019autres territoires insulaires. J\u2019avais pu me rendre \u00e0\u00a0 Madagascar, \u00eele voisine et donc proche \u00e0 tous points de vue de La R\u00e9union, et je souhaitais\u00a0 \u00e9largir ma r\u00e9flexion en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 cet archipel asiatique ; le chercheur r\u00e9unionnais\u00a0 Mounir Allaoui m\u2019avait pr\u00e9alablement fait part de similitudes existant entre ces deux territoires, notamment dans leur \u00e9conomie agricole domin\u00e9e par la canne \u00e0 sucre et leur rapport singulier avec leur m\u00e9tropole.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Le 25 octobre 2023, je m\u2019envolais ainsi vers la ville de Naha. J\u2019y retrouvais l\u2019artiste\u00a0 japonaise Masami. Nous nous \u00e9tions rencontr\u00e9es \u00e0 la Cit\u00e9 des arts quelques mois auparavant\u00a0 et avions nou\u00e9 contact en raison de notre exp\u00e9rience commune \u00e0 la Fondation H.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Premi\u00e8rement, il est important de signaler que l\u2019archipel d\u2019Okinawa est n\u00e9 d\u2019une\u00a0 activit\u00e9 tectonique, et non volcanique. Ses sols sont majoritairement calcaires. Le point\u00a0 culminant de l\u2019archipel nomm\u00e9 Mont Yohana ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve qu\u2019\u00e0 503 m\u00e8tres comparativement au Piton des neiges de 3 069 m\u00e8tres de haut. En raison de ces importantes diff\u00e9rences\u00a0 g\u00e9ologiques, l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me okinawa\u00efen ne peut \u00eatre identique \u00e0 celui de l\u2019ensemble de La R\u00e9union. Cependant, le climat chaud et humide des c\u00f4tes r\u00e9unionnaises abrite des esp\u00e8ces\u00a0 v\u00e9g\u00e9tales communes \u00e0 celles de l\u2019archipel : nous pouvons noter celles du vacoa, du galabert,\u00a0 du bananier, de la patate douce ou encore l\u2019omnipr\u00e9sence de la canne \u00e0 sucre. La majorit\u00e9\u00a0 d\u2019entre-elles sont cultiv\u00e9es pour leurs qualit\u00e9s nutritives et parfois export\u00e9es massivement\u00a0 vers l\u2019\u00e9tranger. Mais certaines sont utilis\u00e9es dans la confection de textiles dans l\u2019archipel.\u00a0 C\u2019est par exemple le cas de l\u2019abaca, un bananier venu des Philippines et utilis\u00e9 pour sa fibre ;\u00a0 on le retrouve \u00e9galement \u00e0 Madagascar pour des raisons historiques similaires. Cette premi\u00e8re\u00a0 ressemblance avec Madagascar n\u2019est pas la derni\u00e8re : pourtant \u00e9loign\u00e9es de milliers de\u00a0 kilom\u00e8tres, les traditions textiles de ces deux insularit\u00e9s poss\u00e8dent un go\u00fbt et des techniques\u00a0 identiques de teintures et de tissages. Je fus troubl\u00e9e lorsque je d\u00e9couvrais pour la premi\u00e8re\u00a0 fois un obi okinawa\u00efen que je pris pour une \u00e9charpe malgache. La ressemblance des motifs\u00a0 g\u00e9om\u00e9triques, la qualit\u00e9 du tissage, les nuances de la teinture et le principe de l\u2019<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">ikat <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">me\u00a0 rappelaient indubitablement des cr\u00e9ations observ\u00e9es \u00e0 Madagascar. Gr\u00e2ce \u00e0 ces deux\u00a0 exp\u00e9riences, je d\u00e9couvrais les concepts d\u2019Indianoc\u00e9anie <strong>(<\/strong><\/span><strong>1<\/strong>) <span style=\"font-weight: 400;\">et d\u2019Austroni\u00e9sie <strong>(<\/strong><\/span><strong>2<\/strong>) <span style=\"font-weight: 400;\">reliant une\u00a0 majorit\u00e9 des \u00eeles de l\u2019Oc\u00e9an Indien et de l\u2019Oc\u00e9an Pacifique par une histoire commune\u00a0 mill\u00e9naire. \u00c9galement, je pu d\u00e9couvrir le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">bingata<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, une technique traditionnelle d\u2019impression \u00e0\u00a0 l\u2019aide de pochoir et de teintures naturelles. Bien qu\u2019elle soit consid\u00e9r\u00e9e comme\u00a0 sp\u00e9cifiquement okinawa\u00efenne, elle serait une d\u00e9rive du Batik suppos\u00e9ment indon\u00e9sien. Bien <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">que l\u2019okinawa\u00efen ne soit pas une langue austron\u00e9sienne, nous pouvons noter que l\u2019archipel a\u00a0 subi une grande influence culturelle des \u00eeles austron\u00e9siennes voisines ; des sp\u00e9cificit\u00e9s, des\u00a0 techniques et des motifs que l\u2019on ne retrouve pas directement dans les cr\u00e9ations japonaises\u00a0 m\u00e9tropolitaines.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Je voudrais cependant revenir sur un point : celui de la transmission. L\u2019artisanat okinawa\u00efen comporte de nombreuses similitudes \u00e9conomiques et sociales avec l\u2019artisanat\u00a0 r\u00e9unionnais. Ils sont confront\u00e9s aux m\u00eames enjeux face \u00e0 l\u2019essor de la m\u00e9canisation, de la\u00a0 concurrence \u00e9trang\u00e8re peu co\u00fbteuse ou du d\u00e9veloppement des textiles synth\u00e9tiques et des\u00a0 teintures chimiques plus r\u00e9sistants. Face \u00e0 l\u2019importation et la commercialisation de textiles \u00e0\u00a0 bas prix, le nombre d\u2019acheteurs se fait rare et la production artisanale diminue. La jeune\u00a0 g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9laisse ces savoirs faire manuels souvent exigeants et mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s &#8211; voire\u00a0 d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s &#8211; pour se tourner vers de nouveaux m\u00e9tiers plus lucratifs. Quelques appellations\u00a0 comme \u00ab meilleur ouvrier de France \u00bb ou \u00ab <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">kokuh\u014d <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">(tr\u00e9sor national) \u00bb permettent de\u00a0 revaloriser ces m\u00e9tiers en voie de disparition. Ils se sp\u00e9cialisent et deviennent synonymes de\u00a0 luxe, s\u2019\u00e9loignant peu \u00e0 peu des pratiques populaires.<\/span><\/h5>\n<h1><strong>Cr\u00e9ation\u00a0<\/strong><\/h1>\n<div style=\"width: 900px;\" class=\"wp-video\"><!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('video');<\/script><![endif]-->\n<video class=\"wp-video-shortcode\" id=\"video-3991-1\" width=\"900\" height=\"508\" preload=\"metadata\" controls=\"controls\"><source type=\"video\/mp4\" src=\"http:\/\/www.apilab.esa.re\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/heloise-thiburce-le-sable-n-habite-nulle-part-2023.mp4?_=1\" \/><a href=\"http:\/\/www.apilab.esa.re\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/heloise-thiburce-le-sable-n-habite-nulle-part-2023.mp4\">http:\/\/www.apilab.esa.re\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/heloise-thiburce-le-sable-n-habite-nulle-part-2023.mp4<\/a><\/video><\/div>\n<h6><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le sable n\u2019habite nulle part<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, 2023, vid\u00e9o (action avec une feuille\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Cycas revoluta<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">), 34 secondes, Ino Beach, Zamami, OKINAWA\u00a0<\/span><\/h6>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Durant les douze jours incluant les d\u00e9placements et le s\u00e9jour, je r\u00e9alisai une pi\u00e8ce : <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Le\u00a0 sable n\u2019habite nulle part<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il s\u2019agit d\u2019une vid\u00e9o de 34 secondes, film\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un drone \u00e0\u00a0 Ino Beach. Nous nous trouvions alors sur l\u2019une des plages de l\u2019\u00eele Zamami, accessible en\u00a0 bateau depuis le port de Naha. La plage \u00e9tait bord\u00e9e de grands pins me rappelant les for\u00eats de\u00a0 mon enfance <strong>(<\/strong><\/span><strong>3)<\/strong><span style=\"font-weight: 400;\">. Le sable \u00e9tait doux et fin. Tr\u00e8s clair. Il me semblait le connaitre. Peut-\u00eatre\u00a0 venait-il de la terre qui m\u2019avait vu naitre ? Peut-\u00eatre avait-il parcouru des milliers de\u00a0 kilom\u00e8tres pour venir s\u2019\u00e9chouer quelques instants sur ces lignes blondes. Nous les nommions\u00a0 \u00ab Sables d\u2019Olonne \u00bb. Pourtant, ils n\u2019habitaient nulle part. Chaque grain voyageait, \u00e0 sa\u00a0 mani\u00e8re. Le min\u00e9ral pouvait \u00eatre mouvant. Je ne l\u2019avais jamais vu ainsi, le r\u00e9duisant \u00e0 des\u00a0 blocs massifs, destin\u00e9s \u00e0 demeurer des millions d\u2019ann\u00e9es statiques. Le panorama saisissant qui\u00a0 s\u2019offrait devant mes yeux ne m\u2019int\u00e9ressait plus ; je percevais uniquement la rencontre des\u00a0 vagues et du sable sec.\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Sous l\u2019impulsion d\u2019une id\u00e9e, je r\u00e9alisai cette pi\u00e8ce, rapide comme l\u2019avait \u00e9t\u00e9 sa\u00a0 conception. Je saisi l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019utiliser le drone apport\u00e9 par Masami. Je m\u2019affublai d\u2019un\u00a0 maillot de bain rouge, v\u00eatement f\u00e9minin embl\u00e9matique du tourisme baln\u00e9aire. La s\u00e9quence\u00a0 \u00e9tant r\u00e9duite \u00e0 un simple geste, je souhaitais contextualiser rapidement la sc\u00e8ne : une action\u00a0 humaine, superficielle, reli\u00e9e \u00e0 une consommation du paysage, et d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 d\u00e9finir son\u00a0 territoire. Je m\u2019aidai d\u2019une feuille de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">cycas revoluta <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">trouv\u00e9e <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">in situ<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, et m\u2019en servis comme la\u00a0 mine d\u2019un compas pour tracer un cercle autour de mon corps devenu lui-m\u00eame compas \u00e0 cette\u00a0 fin. \u00c0 la fronti\u00e8re des vagues, je devenais le centre de cette terre devenue mienne. Mais la\u00a0 ligne peine \u00e0 s\u2019inscrire. Port\u00e9s par l\u2019eau et le vent, les grains de sables poursuivent leur route.\u00a0 Ils ne peuvent \u00eatre enferm\u00e9s. Ce sont des nomades que l\u2019on ne peut circonscrire.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h1><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0<\/span><strong>Ouverture vers une future recherche\u00a0<\/strong><\/h1>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Mes r\u00e9flexions sur la valorisation artistique de notre relation au v\u00e9g\u00e9tal m\u2019ont conduite\u00a0 \u00e0 \u00e9tudier la cr\u00e9ation artistique r\u00e9unionnaise et celles de Madagascar et d\u2019Okinawa. L\u2019\u00e9tude du\u00a0 textile y occupe une place centrale tant il r\u00e9v\u00e8le une esth\u00e9tique de notre proximit\u00e9 avec le\u00a0 v\u00e9g\u00e9tal. Je m\u2019attardais sur trois points : la fabrication du textile (par le tissage, le nouage, le\u00a0 tressage, le crochet ou le tricot), sa coloration (je pense aux teintures unies, mais \u00e9galement\u00a0 aux techniques de l\u2019ikat, du batik ou du pochoir) et son ornementation (par la broderie\u00a0 principalement). L\u2019\u00e9tude des migrations humaines est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice quant \u00e0 la\u00a0 naissance ces techniques. Le cas des insularit\u00e9s est particuli\u00e8rement probant car elles mettent\u00a0 en exergues la complexit\u00e9 des d\u00e9placements humains et les r\u00e9volutions technologiques\u00a0 pouvant y \u00eatre associ\u00e9es. Elles invoquent \u00e9galement les concepts d\u2019hybridation et\u00a0 d\u2019end\u00e9misme au combien discut\u00e9s dans les revendications identitaires actuelles. L\u2019occupation\u00a0 de ces \u00eeles est au c\u0153ur de d\u00e9bats houleux.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Selon moi, l\u2019humain et le v\u00e9g\u00e9tal sont assimilables par leur appropriation des espaces.\u00a0 Afin d\u2019assurer leur survie, ils occupent une place refuge o\u00f9 exister, o\u00f9 planter leurs racines.\u00a0 Les luttes de territoires en d\u00e9coulent. Nous connaissons la complexit\u00e9 de ces enjeux socio environnementaux, qu\u2019ils existent au sein d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce ou entre diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. La\u00a0 difficult\u00e9 de tels sujets ne doit cependant pas conduire au mutisme.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019analogie entre l\u2019humain et les plantes est inh\u00e9rente \u00e0 mes productions plastiques\u00a0 depuis 2021 p\u00e9riode \u00e0 laquelle je suivais un programme d\u2019\u00e9change universitaire \u00e0 la San\u00a0 Francisco State University. Le v\u00e9g\u00e9tal offre une anonymisation et l\u2019\u00e9tude d\u2019une histoire\u00a0 humaine convergente. L\u2019ensemble du vivant se soumet aux ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires.\u00a0 Interagissant volontairement ou accidentellement, l\u2019humain et le v\u00e9g\u00e9tal se suivent dans leurs\u00a0 d\u00e9placements \u00e0 travers le monde ; les nombreuses preuves soulev\u00e9es par l\u2019ethnobiologie en\u00a0 t\u00e9moignent. Si des n\u00e9cessit\u00e9s de survie entrent en jeux dans cette cohabitation, nous pouvons\u00a0 nous interroger sur l\u2019attachement sentimental que nous exprimons \u00e0 travers la cr\u00e9ation\u00a0 visuelle pour notre environnement v\u00e9g\u00e9tal. En raison de la diversit\u00e9 de ces approches, nous\u00a0 limiterons ici notre champ d\u2019\u00e9tude aux productions r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 partir de fibres v\u00e9g\u00e9tales,\u00a0 qu\u2019elles soient issues de pratiques dites \u00ab artisanales \u00bb ou limit\u00e9es au champ de la cr\u00e9ation\u00a0 artistique contemporaine. Le terme \u00ab textile \u00bb sera ici entendu comme un assemblage de ces\u00a0 fibres destin\u00e9es \u00e0 la formation d\u2019un volume aplatit pouvant par la suite s\u2019\u00e9tirer dans l\u2019espace.\u00a0\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Les migrations v\u00e9g\u00e9tales vers des territoires insulaires sont fortement impact\u00e9es par le\u00a0 facteur anthropique. En effet, si l\u2019action des \u00e9l\u00e9ments naturels et d\u2019autres animaux\u00a0 (notamment les oiseaux) est \u00e0 prendre en compte, le d\u00e9placement g\u00e9ographique de certaines\u00a0 plantes co\u00efncide exactement \u00e0 des mouvements de populations humaines r\u00e9pertori\u00e9s et dat\u00e9s.\u00a0 Certains d\u2019entre eux remontent \u00e0 la pr\u00e9histoire et sont essentiellement li\u00e9s au commerce\u00a0 maritime. C\u2019est notamment le cas des migrations austron\u00e9siennes. Il en r\u00e9sulte des sp\u00e9cificit\u00e9s\u00a0 end\u00e9miques faisant suite \u00e0 des hybridations successives. L\u2019Austron\u00e9sie est un espace de\u00a0 recherche particuli\u00e8rement int\u00e9ressant \u00e0 ce propos, recouvrant de nombreuses \u00eeles de l\u2019Oc\u00e9an\u00a0 pacifique mais \u00e9galement de l\u2019Oc\u00e9an Indien.\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">Les territoires austron\u00e9siens ont \u00e9t\u00e9 historiquement regroup\u00e9s selon des\u00a0 caract\u00e9ristiques linguistiques communes. Nous savons aujourd\u2019hui qu\u2019il existe des preuves\u00a0 arch\u00e9ologiques des d\u00e9placements effectu\u00e9s entre ceux-ci, sur des distances spectaculaires. Au del\u00e0 des correspondances linguistiques entre les pays concern\u00e9s, on observe de grandes\u00a0 similitudes artistiques, par les techniques ancestrales employ\u00e9es mais \u00e9galement par des\u00a0 affinit\u00e9s stylistiques. Je souhaiterais m\u2019arr\u00eater sur un point commun extr\u00eamement significatif :\u00a0 celui des mat\u00e9riaux employ\u00e9s. En effet, de m\u00eames v\u00e9g\u00e9taux sont cultiv\u00e9s \u00e0 des fins similaires\u00a0 entre ces diff\u00e9rents territoires. Pourtant, des centaines et m\u00eames de milliers de kilom\u00e8tres\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><span style=\"font-weight: 400;\">s\u00e9parent ces pays au climat parfois tr\u00e8s diff\u00e9rents. Les sp\u00e9cificit\u00e9s historiques et\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">g\u00e9ographiques des \u00eeles austron\u00e9siennes en font un cadre de recherche privil\u00e9gi\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des migrations v\u00e9g\u00e9tales et de leur valorisation \u00e0 travers la cr\u00e9ation textile.\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5><\/h5>\n<h6><strong>1 <\/strong><span style=\"font-weight: 400;\">Terme cr\u00e9\u00e9 par l\u2019auteur mauricien Camille de Rauville regroupant les \u00eeles du Sud-ouest de l\u2019Oc\u00e9an Indien.\u00a0\u00a0<\/span><\/h6>\n<h6><strong>2 <\/strong><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e9signation issue de la linguistique afin de regrouper les territoires de langues austron\u00e9siennes.<\/span><\/h6>\n<h6><strong>3 <\/strong><span style=\"font-weight: 400;\">Il s\u2019agit vraisemblablement de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">pinus luchuensis<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, v\u00e9ritables embl\u00e8mes de la flore okinawa\u00efenne. \u00c0 l\u2019instar du\u00a0 <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">pinus pinaster <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">(pin maritime) europ\u00e9en, ils sont membres du vaste genre des <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">pinus<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9jour de recherche \u00e0 Okinawa, du 25 octobre au 5 novembre 2023\u00a0 D\u00e9roul\u00e9\u00a0 Je profitai d\u2019un appel \u00e0 candidature envoy\u00e9 par le comit\u00e9 d\u2019organisation du colloque\u00a0 intitul\u00e9 \u00ab Environnement et paysage au Japon et\/ou La R\u00e9union : vers une \u00e9cocritique\u00a0 comparatiste \u00bb. 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